Retour aux thèmes de l'Agenda des Frontières 2020
Au début du XXème siècle, la plupart des frontières de l’Afrique sont établies, annonçant la configuration des États à venir. Ces frontières tracées au gré des puissances coloniales, dans un contexte de rivalité entre celles-ci, ont dans bien des cas, fait fi des réalités ethniques, linguistiques, religieuses et politiques des peuples africains. La négligence et la méconnaissance du substrat géographique et des divisions socio-politiques traditionnelles engendrèrent une série de difficultés que les commissaires d’abornement furent les premiers à relever. Les frontières ainsi tracées ont divisé des groupes consanguins, les éloignant de leurs territoires de rituels, de culture, de chasse et de pêche. Les nouvelles frontières établies renferment des communautés peu homogènes, voire antagonistes, chargées souvent de multiples forces explosives.
C’est dans ce contexte de forte controverse au sujet des frontières des États africains, que la Conférence des Chefs d’États et de Gouvernements de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) réunie au Caire, opta en faveur du « principe de l’intangibilité » des frontières en Afrique, le 21 juillet 1964. Ce principe « déclare solennellement que tous les États membres s’engagent à respecter les frontières existant au moment où ils ont accédé à l’indépendance ». Il consiste en une interdiction faite aux États membres d’exprimer toute revendication territoriale et de vouloir procéder à une modification du tracé colonial au détriment d’un État tiers. Pour les dirigeants africains, cet impératif concerne d’une part, toute revendication territoriale venant d’un autre État, et, d’autre part, tout mouvement sécessionniste venant de l’intérieur de nature à mettre en cause les frontières issues des indépendances. L’enjeu étant d’empêcher les conflits dus aux remises en cause de frontières et de stabiliser les édifices étatiques hérités de la colonisation.
Dans cet ordre d’idées, le Programme frontière de l’Union africaine (PFUA) créé pour aider les Etats à parachever la délimitation/démarcation des frontières à l’horizon 2022, mais aussi et surtout pour développer les zones frontalières à travers la coopération transfrontalière et la mobilisation des ressources a été aux côtés des deux pays pour y parvenir. C’est pourquoi, les Ministres en charge des frontières, réunis à Addis Abéba en septembre 2018 ont une fois encore réaffirmé que les frontières africaines soient délimitées et démarquées au plus tard en 2022.
À cet effet, la République du Bénin, dans le cadre de la mise en œuvre de sa Politique de développement des espaces frontaliers, a mis l’accent sur la sauvegarde de l’intégrité du territoire national et entrepris la réaffirmation de sa frontière commune avec la République togolaise et sa frontière fluviale avec la République du Niger.
Dans ce cadre, quatre-vingt-huit (88) bornes frontières ont été construites selon les normes internationales entre la Bénin et le Togo dans plusieurs secteurs dans les communes de Bassila/Tchamba-Assoli, Boukoumbé/Kantè et Cobly/Kéran. Les opérations ont été lancé à Madjatom par les deux ministres en charge des frontières en mai 2017. Les travaux se poursuivront cette année pour construire toutes les deux cent quarante et une (241) bornes qui matérialisent cette frontière.
Après cette phase, les deux pays se sont engagés dans la promotion de la Coopération transfrontalière à travers l’élaboration d’un accord-cadre sur la coopération transfrontalière et l’actualisation du Mémorandum d’entente sur la sécurité, les services de renseignements et de la protection civile. Ceci a permis de mener conjointement des actions de sécurité, de délivrance de cartes d’identité biométriques de la CEDEAO au profit des groupements de femmes aux fins de développer le commerce transfrontalier à travers leur mobilité et celle de leurs marchandises et des consultations médicales foraines organisées dans les communes frontalières de Djidja et de Savalou.
Avec la République du Niger, depuis l’arrêt du 12 juillet 2005, la Commission mixte paritaire de délimitation de la frontière entre les deux pays a tenu plusieurs rencontres rentrant dans le cadre de la mise en œuvre de cet arrêt. La spécificité de notre frontière commune, constituée de deux secteurs suivant des cours d’eau, a amené à adopter une méthode innovante de détermination de cette frontière. En effet, le développement du positionnement par satellite et la précision de plus en plus élevée des instruments de navigation ont convaincu la Commission mixte paritaire d’opter pour la réalisation de spatio-cartes renseignées à grande échelle du couloir frontalier.
Le processus technique de réalisation de ces cartes a té marqué par les principales étapes suivantes : acquisition des images satellitaires de la bande frontalière, collecte des points de calages sur le terrain, correction desdites images et détermination des paramètres de transformation permettant le passage des coordonnées Clarke 1880 contenues dans l’arrêt aux coordonnées dans le système WGS 84, mission de terrain de vérification et de collectes de données planimétriques et toponymiques et détermination de la ligne médiane de la rivière Mékrou, ateliers de validation, de finalisation et de signatures des spatio-cartes renseignées.
À l’issue de ce processus, l’équipe technique conjointe a présenté les spatio-cartes renseignées du couloir frontalier qui fait ressortir une feuille d’ensemble des deux secteurs frontaliers à l’échelle de 1/150 000. La ligne des sondages les plus profonds du chenal navigable du fleuve Niger a été est couverte par six (6) feuilles sur lesquelles sont représentés les 154 points frontières. La ligne médiane de la rivière Mékrou a été, quant à elle, couverte par cinq (5) feuilles sur lesquelles figurent les points frontières de 0 (zéro) à 1883.
Un projet d’instrument juridique consacrant la frontière issue de la mise en œuvre de l’arrêt du 12 juillet 2005 a été élaboré et adopté par les deux pays et le processus sera bouclé dès le dépôt des instruments de ratification.
D’ores et déjà les deux pays, avec l’appui technique et financier de la Coopération allemande à travers la GIZ financent les projets intégrateurs au profit des communautés transfrontalières. Plusieurs activités ont été réalisées par l’Agence béninoise de Gestion intégrée de Espaces frontaliers (ABeGIEF) et le Secrétariat permanent de la Commission nationale des frontières du Niger SP/CNF, structures en charge de la gestion des frontières des deux pays. La promotion des activités génératrices de revenu pour les femmes des localités de Djindè Gabi Tounga et de Madécali dans la commune de Malanville et à Monsey, Karimama-centre et Bello Tounga dans la commune de Karimama, la formation des femmes de Karimama et de Malanville et celles de Tanda et Momboye Tounga au Niger, sur les techniques modernes de conservation des produits halieutiques, la construction de magasins de stockage des produits agricoles, les dons de matériels agricoles (décortiqueuses de céréales), la distribution d’actes de naissance aux enfants, la réalisation de forages agropastoraux, le balisage des couloirs pastoraux et aires de pâtures, les patrouilles conjointes par les forces navales du Bénin et la brigade fluviale du Niger sont autant d’interventions pour améliorer les conditions de vie des populations riveraines et assurer leur sécurité et une transhumance transfrontalière apaisée.
Par ailleurs, en ce qui concerne la frontière maritime, après le dépôt du dossier de la soumission conjointe de l’extension de son plateau continental, le Bénin a procédé en février 2019, à la présentation de son dossier au siège de la Commission des Nations Unies de délimitation de la frontière maritime. Aussi a-t-il réalisé la carte marine qui permet de procéder à la délimitation de sa frontière maritime. C’est un long processus qui nécessite la poursuite de travaux complémentaires et le suivi rigoureux du dossier.
Eu égard à tout ce qui précède, on peut dire sans risque de se tromper que le Bénin, à travers l’Agence béninoise de Gestion intégrée des Espaces frontaliers s’est véritablement engagé dans le processus d’assurer l’intégrité de son territoire et de faire des frontières non pas des barrières mais de véritables passerelles pour promouvoir l’intégration à la base et sous régionale.
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