Retour aux thèmes de l'Agenda des Frontières 2020
La présence des groupes extrémistes violents (GEV) en l’Afrique de l’Ouest remonte au début des années 2000, avec l’arrivée dans le Nord du Mali d’éléments du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), venu de l’Algérie à la recherche de zones de repli. Au Nigéria naissait en 2002 la secte Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'awati wal-Jihad (JAS), mieux connu sous le nom de Boko Haram.
Devenu Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en 2007 après avoir prêté allégeance à Al-Qaïda, le groupe a consolidé sa présence avec la création de katibas (unités combattantes) sahéliennes ainsi que la constitution de bases arrière. En 2012, après le lancement de la rébellion en janvier par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et le coup d’État intervenu à Bamako le 22 mars 2012, AQMI et des groupes affiliés tels que le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et Ansar Dine ont pris le contrôle des trois régions du Nord (Tombouctou, Gao, Kidal) et d’une partie du Centre du pays. En janvier 2013, une offensive militaire franco-africaine visant à reconquérir le Nord a entraîné le retrait de ces groupes des grandes villes. Néanmoins, la menace terroriste persiste.
Depuis, de nouveaux mouvements ont émergé à l’image de la Katiba Macina et de la Katiba Khalid Ibn Walid, respectivement actives dans le Centre et le Sud du pays. Ansarul Islam, actif au nord du Burkina Faso et au Sud du Mali, est né en 2016.
De nouvelles alliances ont été scellées, à l’instar du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), et une scission a mené à la création de l’État islamique dans le grand Sahara. Une scission a été également observée au sein de Boko Haram menant à l’émergence de deux fronts : l’État islamique en Afrique de l’Ouest (branche dirigée par Abu Musab al-Barnaoui), et la faction dirigée par Abubakar Shekau, toutes deux actives principalement dans le bassin du Lac Tchad.
Ces groupes ont étendu leur présence sur le plan géographique. Dans la région du Bassin du Lac Tchad, dès 2010, le phénomène Boko Haram est sorti des frontières du Nigeria pour toucher le Niger, le Tchad et le Cameroun. Dans le Sahel, ces GEV ont étendu leur présence du nord du Mali vers le Centre et le Sud du pays, avant de toucher en 2016 l’Ouest du Niger et le Nord du Burkina Faso. En 2017, la région de l’Est du pays a aussi fait l’objet d'attaques bien qu'elles n’aient pas encore été revendiquées.
Les attaques perpétrées par ces groupes visent des cibles qui se situent au-delà des zones dans lesquels ils sont actifs. Le 13 mars 2016, Grand Bassam, ville touristique située à l’est d’Abidjan en Côte d’Ivoire, était par exemple la cible d’une attaque qui a fait 16 morts, et qui a été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique. Les cibles sont aussi de plus en plus ambitieuses. L’attaque qui a frappé l’état-major de l’armée du Burkina Faso, le 2 mars 2018 à Ouagadougou, en est une illustration.
La composition des groupes s’est progressivement endogénéisée, avec un nombre croissant de recrues issues des communautés où ils s’implantent, en tirant profit des vulnérabilités structurelles, sociales et individuelles des pays de la région. Les incidents sécuritaires survenus, dans la région de l’Est du Burkina Faso inquiètent quant aux risques d’une probable expansion de l’extrémisme violent vers les pays voisins. Cette région possède des frontières communes non seulement avec le Niger mais aussi avec le Bénin, le Togo et le Ghana.
La menace extrémiste dans les pays du Sahel et du bassin du Lac Tchad a longtemps été analysée sous le prisme unique de la radicalisation religieuse. Il a depuis été reconnu que ce phénomène puise ses sources dans de nombreux facteurs qui varient en fonction des contextes. Les groupes extrémistes violents capitalisent en effet sur les frustrations des populations et s’installent le plus souvent dans les zones excentrées et frontalières, faiblement contrôlées par l’État, où le lien entre l'État central et les populations est distendu.
Dans ces zones, les conflits, anciens parfois, non gérés ou mal gérés par les États, renaissent sous d’autres formes et se mêlent à d’autres types de violence et d’insécurité. La volonté de se protéger, de protéger sa famille, sa communauté ou son activité économique apparaît comme un facteur d’engagement important dans les groupes. Dans la plupart des cas d’enrôlement, les vulnérabilités semblent interagir, rendant complexe la compréhension du phénomène et impliquant le besoin d’une analyse détaillée des réalités locales au risque d’élaborer des réponses non adaptées.
Suite à la recrudescence de ces attaques, la région de l’Est du Burkina Faso, fait face à une prolifération d’incidents sécuritaires et fait l’objet d’une attention grandissante. L’utilisation d’engins explosifs improvisés et les attaques ciblant les forces de défense et de sécurité, les écoles et les autorités locales ou coutumières, indiquent l’implication probable de groupes actifs au Sahel, tels que l’État islamique dans le grand Sahara (EIGS) et Ansarul Islam.
Les travaux existants sur cet espace sont rares, ce qui soulignent l’importance de générer des données empiriques supplémentaires et de mieux comprendre les dynamiques liées à la violence extrême à l’œuvre dans les zones frontalières avec le Bénin. Dans la pratique, cela implique qu’il faut donner l’occasion aux acteurs au niveau des collectivités locales frontalières touchées et aux décideurs nationaux d’échanger et de participer à la production de connaissances afin d’élaborer des réponses appropriées. Cela signifie aussi qu’il est fondamental de faire le lien entre ces analyses locales et les discours développés au niveau des capitales et des milieux diplomatiques régionaux, continentaux et internationaux.
Selon les études de l’Institut d’Études de Sécurité (ISS) de Dakar, les pays côtiers ne devraient pas seulement opter pour des attaques qui contribuent aux efforts de lutte contre le phénomène dans les pays voisins concernés. Ils doivent également renforcer leurs actions de prévention sur leur propre territoire notamment en raffermissant le lien entre l’État et les citoyens et en renforçant la présence et l’utilité de l’État dans les zones frontalières.
C’est pourquoi, l’élaboration de ces réponses doit prendre en compte les vulnérabilités que les groupes extrémistes violent exploitent pour s’implanter au sein des communautés locales. De telles réponses contextualisées contribueront à prévenir l’extension de l’extrémisme violent vers les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest. Des synergies pourraient ainsi utilement être créées entre les mesures préventives et les actions de lutte contre le phénomène. Seuls de tels efforts permettront aux pays côtiers d’éviter la propagation de l’extrémisme violent.
L’opération « Koudalgou » conjointement conduite en mai 2018 par le Bénin, le Burkina, le Ghana et le Togo a permis d’arrêter près de 200 personnes dont certaines sont soupçonnées d’appartenir à des groupes extrémistes terroristes. L’Agence béninoise de Gestion intégrée des Espaces a, au cours de cette opération civilo-militaire, organisé les consultations médicales foraines au profit des populations frontaliers de la zone de Kourou et la localité Porga, frontalière entre le Bénin et le Burkina. À cet effet, plus de 2500 personnes ont reçu gratuitement des soins et des médicaments.
Par ailleurs, avec l’opération « Gbénondou », le Bénin et le Togo ont mené conjointement des manœuvres soldées par l’organisation d’un match de football à Aplahoué en juin 2017 entre les forces de sécurité des deux pays.
Retour aux thèmes de l'Agenda des Frontières 2020